
Les chiens des samouraïs sont méconnus en Europe, rendons leur hommage...
Le Japon c'est 377801 Km2 ou 272 Km de large sur 3.000 Km de long, avec une multitude d'îles dont les principales
sont Hokkaido, Honshu, Shikoku, Kyushu.
Son nom viendrait du mandarin Yapen Khoue (pays du Japon)
qui se transformera en zip-honou en Nip-hon, donnant Nippon (soleil levant).
Avec ses brumes, ses volcans, ses montagnes, le Japon a de nombreuses légendes
qui ont trait aux chiens. Les envahisseurs chinois avaient même surnommé le
pays « l'île aux chiens » étant donné le grand nombre de ceux-ci et les soins
que leur apportaient les habitants. On a retrouvé au cours de fouilles
archéologiques dans des sépultures datant de 2.000 ans avant notre ère, des
squelettes de chiens à queue enroulée, mêlés à des squelettes humains. Tous les
chiens étaient des chasseurs appelés Matagi.
Vers 660 avant notre ère l'empereur Jimmu Tennô (qui se dit descendant de la déesse soleil Amaterasu)
fonde la dynastie impériale.
Vers 300 les
envahisseurs venant d'Asie vont occuper le pays, ils ont avec eux des chiens de
type Spitz et des molosses Tibétains, ils instaurent des classes dirigeantes.
Une légende du Kojiki qui date du VIIIe siècle nous raconte que l'empereur
Yuryaku qui allait rendre visite à celle qu'il devait épouser, rencontra sur
son trajet un palais similaire au sien, ne supportant pas cela, il donna
l'ordre qu'on le rase sur le champ, quand soudain, apparut la propriétaire des
lieux portant dans ses bras un chiot tout blanc (symbole de bonheur pour les
japonais) qu'elle lui offrit. Ravit de ce présent inestimable, il pardonna le
plagiat de son palais.
Au temps d' Yoritomo,
fondateur des Shoguns (généralissimes) raconte la légende : « sur le
pont de Kyoto, Benké le géant est invincible, il devra se battre contre le
frère de Yoritomo, nommé Yoshitsoumé qui est petit et malingre mais élevé par
le demi-dieu Ten-Gou il vaincra avec l'assistance de ses deux chiens.
Un explorateur allemand écrivit : « Au Japon, celui qui tue un chien encourt la
même peine que celui qui tue un homme » C'est dire à quel point le chien était
considéré comme sacré, certains ne séjournaient que dans les temples, d'autres
qu'auprès des nobles et de l'empereur.
On compte à l'heure actuelle dix races dans le pays du soleil levant, six
d'entre elles sont montagnardes (relief habituel au Japon), elles ont en commun
des oreilles dressées et un fouet enroulé, on les classe d'ailleurs pour leurs
caractères généraux dans les chiens nordiques. Des chiens qui sont polyvalents,
d'abord chasseur puis évidemment chien de garde, chien de police, chien de compagnie.
On peut citer, en sachant que INU ou KEN, signifie « chien » ; Hokkaidoh-Inu
(Ainu-inu ou Doh-Ken) un chasseur pour le gros gibier comme le sanglier ou
l'ours, mais également un pêcheur plongeur, spécialiste du saumon.
Le véritable chien des samouraïs, qui sera nommé Chien Sumo Il porte plusieurs
noms :
Tosa-Ken, Tosa-Token, Tosa-Inu, Mastiff japonais.
L
a race débute au
14 ème siècle à Kochi, capitale de la préfecture du même nom qui était appelée
Tosa autrefois (le fief des Tokugawa), on l'appelle Shikoku Inu (Ile de la
préfecture de Kochi).
Au début il avait une taille moyenne de 55
cm au garrot pour un poids de 25 kg environ, il était nommé Nihon-Inu et servait à la
chasse au sanglier, tant était appréciée sa combativité. A l'origine l'Akita
Matagi, chasseur d'ours sera croisé avec des molosses du Tibet, le Japon
n'ayant que des chiens de chasse. Le Shogun (général) des Tokugawa, Ieyasu
possédait le Tôken, un chien à oreille tombantes, dans sa meute de 60 chiens,
vers 1580. Les combats entre chiens existaient déjà (dans la période Kamakusa
(1185-1333), le Shogun Hojo Takatori pratiquait les combats de chiens) et les
samouraïs avaient comme instruction de les observer pour apprendre les règles
de base du combat : fidélité et obéissance au maître (seigneur), audace,
ténacité, courage.
C'est lors de du combat de Nagashino en 1575 que commence le
déclin des samouraïs, car ceux de Takeda armés de leurs armes blanches
traditionnelles vont être défaits par les troupes de Daimyô Oda Nobunaga qui
étaient équipés d'armes à feu. Les samouraïs vont s'identifier aux combattants
canins puisqu'ils ne peuvent plus le faire eux-mêmes. Par exemple le fameux
Choz-O-Gabe qui établit les règles du combat.
Dans la période Muromachi
(1333-1568) et la période Azuchi Momoyama (1573-1602), des molosses européens
arrivent au Japon avec les négociants espagnols et portugais. Fruit de différents mélanges de races le Tosa
actuel va naître vers 1848, surtout dans l'élevage de M. Otaka qui présente les
premiers sujets, comme Sakaino Hiko, Ignagi-No Bucho, Daiganjino Hatsu. En 1918
il est appelé Shin-Akito (le nouveau). A partir de 1854, le Japon va s'ouvrir
au monde en abrogent la politique nationale d'isolement. Les ports sont ouverts
en 1869, c'est la fin du shôgunat, l'empereur Mutso-Hito installe la cour à Edo
qui va s'appeler Tôkyô. En 1871 les samouraïs perdent leurs pouvoirs et le port
du sabre est interdit en 1876. La révolte de Satsuma va opposer à nouveau les
samouraïs avec leurs armes traditionnelles en 1877, ils vont être battus grâce
aux armes à feu de l'armée de l'empereur, cette fois c'est la fin pour eux.
Durant l'ère Meiji (1868-1912), les étrangers arrivent en touriste ou pour
commercer, ils ont avec eux, pour certains, des molosses habitués aux combats
qui sont à la mode en Europe, ils vont les opposer au Nihon-Inu, qui a du mal à
se mesurer à de tels adversaires. Pour les japonais c'est un affront, ils vont
améliorer les qualités de combattant de leur chien national en le croisant avec
des races européennes ; Le Pointer ou le Braque Allemand (1876), le
Mastiff (1874), le Dogue Allemand (1924), le Bulldog (1872).
Après la seconde guerre
mondiale, les effectifs sont minces, la race est en voie d'extinction, il reste
quelques sujets à Tohoku et Kyushu ainsi qu'en Corée et à Taiwan. Les
passionnés vont faire renaître le chien des samouraïs et reprendre les combats.
Ils seront officiellement interdits en 1908, mais seront perpétués par les
Yakusas (mafia japonaise) dans des combats clandestins organisés par exemple
par le très puissant syndicat d'Osaka, le Yamaguoshi Gumi.
Le Tosa doit combattre
selon les règles du Sumo, un type de lutte qui existe depuis 1500 ans, à
l'origine il avait une orientation religieuse, selon les rites de la cour dans
la période Nara, il prendra l'orientation du combat pour les guerriers lors de
la dictature militaire de la période Kamakura. Au Sumo l'engagement dure 5 à 7
secondes pendant lesquelles les combattants ne respirent pas, il faut faire
sortir l'autre du cercle ou lui faire toucher terre, c'est la coiffure qui
indique le grade (elle sert aussi à amortir les chutes pour le crâne) : du
plus haut au plus bas on trouve : Yokosuma, Oseki, Skiwake, Komusubi,
Maegashira. L'objectif est d'abord de montrer la maîtrise de soi avant la
puissance et la technique, selon la devise du champion de Sumo Kirishima
« Jishin wa doryoku » (la sûreté de soi se gagne par l'effort). C'est
la recherche du Shibumi, un pouvoir subtil, la maîtrise et la sagesse que tout
pratiquant de Bugei (arts martiaux) recherche.
Pour les Tosas, le
gagnant est celui qui maintient l'adversaire au sol, une prise prolongée qui
s'apparente aux étranglements ou Shimewaza. Parmi les 250 règles du Tosa Ken,
certaines sont claires et peu compréhensibles pour des européens pour qui le
sang et la mort font partie intégrante des « dog-fightings » :
-
Un combattant peut grogner faiblement pendant les deux premières minutes, après
il doit rester silencieux. S'il aboie(Seri), se plaint ou grogne, il perd le
combat.
-
S'il recule, tente de sortir (naki) ou passe son nez à travers les
barreaux du cercle de combat et démontre de la peur (kobe), il est éliminé.
-
S'il se soumet, il est éliminé.
- S'il mord après l'arrêt du combat, il est
éliminé.
- En cas de blessure le combat est arrêté.
En fait, l'objectif c'est de
démontrer des qualités similaires à celles que l'on recherche au Sumo : le
combat doit être silencieux, il faut montrer du courage, de la puissance, de
l'agilité, de l'endurance. On peut citer Miyamoto Musashi : « Quand
l'épée rencontre celle de l'ennemi, il ne faut pas hésiter, il faut attaquer
avec toute la volonté dont le corps est capable ». Le combattant qui
gagnerait en moins de 20 minutes (été) à 30 minutes (hiver), sera moins bien
classé que celui qui maintient l'adversaire pendant ce laps de temps, on
parlera de Gaifu Taisho (meilleur technique de combat). Si les deux chiens
semblent de force égale et tiennent le temps imparti, le combat est arrêté et
on détermine le gagnant par tirage au sort.
Même mortellement blessé, le vaincu
ne doit poussé aucun cri ou gémissement. Les femelles sont interdites de combat
au Japon. Les blessés seront recousus sur place sans anesthésie. Ce qui est
gênant et en même temps original, c'est que les chiens sont dressés à combattre
selon un mode qui va à l'encontre de l'éthologie habituelle chez les canidés,
du combat normal avec prise à la gorge et arrêt par inhibition naturelle dés
que l'autre se soumet. Les élevages sont regroupés par région et restent très
secrets avec une organisation ou chaque groupe est conduit par un responsable.
Au Tosa Ken de Kochi un chiot d'excellente origine issue de champion peut se
monnayer 20 000 dollars. On verra que même ceux qui gagnent les
championnats peuvent refuser de donner le véritable nom de leur chien, car chaque
éleveur a ses recettes pour sélectionner et préparer les chiens, certains
commençant dés l'âge de 5 semaines. Les entraîneurs de ces chiens (maître
d'armes), comme pour les chevaux de course, les exercent physiquement tous les
jours, en les faisant courir près d'un vélo sur des dizaines de kilomètres ou
sur un tapis roulant, ils les sortent en ville pour les sociabiliser aux
humains et les habituer aux voitures.
Le ring fait 10 pieds de diamètre (un peu plus de trois mètres), il est
fermé par des barreaux, en Europe on la appelé « Pit » (d'où le non
de Pit Bull), au Japon c'est le « Dohyo ». Il y a trois juges au-dessus et deux juges au niveau de
l'affrontement. Les conducteurs des chiens peuvent encourager mais les chiens
ne doivent pas être excités, la devise restant « Seiryo Ku Zenyo »
(l'énergie doit être utilisée efficacement). Le cérémonial est très poussé avec
une véritable mise en scène et les gagnants vont recevoir de très riches
tabliers (jusqu'à 30 000 dollars), ils portent des cordes de chanvre ou de
soie, des houppes de couleur.
Il y a des combats locaux très nombreux et deux
au niveau national avec un faste inégalé en cynophilie (des centaines de
milliers de dollars). Comme pour les combats humains, il y a des
catégories :
- Kogata (léger : 30 à 40 kg),
-
Chugata (poids-moyen : 40 à 45 kg),
-
Oogata (poids lourd : 45 à 55kg),
-
Cho-Oogata
(Super-lourd : à partir de 55kg. Certains sujets dépassent les 100
kg !).
Les plus recherchés sont dans cette dernière catégorie.
Le pelage
peut être du rouge au noir, c'est le rouge qui est préféré. Le dernier standard
date de 1995 : hauteur au garrot de 60 cm minimum pour les mâles et 55 cm pour les femelles.
Les combattants sont classés en:
- Maegashira: amateur
- Komosubi: professionnel, 4 combats
- Sekiwake: Ozoki: 10 combats
- Yokozuma: champion
- Yushoken: champion du tournoi, peu importe la catégorie, celui qui tient le plus prés des 30 minutes
Senshuken: Vainqueur du prix national
Meiken Yokozuma: trois combats comme Senshuken avec au moins deux victoires et un match nul.
Seulement 32 chiens sur 450 ont été classés à ce titre.
Des associations encadrent ses combats et nomment les juges pour le Tosa ken, on peut
citer : Fukyukai, Kyokai, Hasshiyu, Yu-Kokai.
Les Tosas sont encore peu connus en Europe (les lois sur les chiens dangereux l'évoquent pourtant,
comme elles évoquent le Boerbull (Afrique du Sud).
Aux Etat-Unis de riches japonais qui s'y sont installés ont quelques sujets comme chien de compagnie,
la race a connu une certaine notoriété suite à une émission organisée par
l'acteur Jack Pallance. On a pu tester la puissance du Tosa dans une épreuve de
weight pulling (traction de lourde charge) très prisée aux USA, un sujet ayant
tiré 1585 kg ! En France on doit à Claude Bordet les premières importations
en 1996 avec des origines de différents pays.
Je dois tout de même signaler que le fait d'écrire sur ce type de combat cruel de chiens propre aux
japonais ne signifie pas que je les approuve, il s'agit d'une tradition comme
celle qui consiste à tuer un taureau pour faire plaisir aux spectateurs d'une
arène. On doit se contenter de décrire sans juger tout en étant conscient que
ce genre d'affrontement a été créé par les humains pour satisfaire des pulsions
de lutte ou de destruction anthropomorphique (A travers l'animal) .
Les matchs de Foot ou de Rugby n'ont-ils pas également cette fonction de défoulement à travers un combat
réglementé qui empêche les vraies guerres meurtrières entre groupes ou
pays ?
Par J.ORTEGA
http://zendecrevecoeur.chiens-de-france.com
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